Flâner dans les rues de Bordeaux :

entre Saint-Michel et Sainte-Croix

 

Aujourd’hui, je te propose de te balader dans les quartiers emblématiques de Saint-Michel et Sainte-Croix.

J’ai choisi de ne pas te suggérer d’itinéraire pour parcourir ces ruelles du Moyen-Âge mais plutôt quelques anecdotes qui, j’espère, attiseront ta curiosité.

C’est en te perdant dans ces rues que tu décèleras des vestiges, des témoignages du passé ou encore le street art local.

 

Mais tout d’abord, raconte-moi : passes-tu souvent par Sainte-Croix et Saint-Michel ? Est-ce que tu les connais : bien, vaguement, pas du tout ?

 

Moi-même, j’ai voulu te proposer cet article car, en me promenant à Sainte-Croix, j’ai été séduite par la quiétude qui y régnait. Elle contraste avec les quartiers animés de Saint-Michel ou Saint-Pierre.

À Sainte-Croix, la vie est plus « locale » : on rencontre des habitants du coin ou quelques touristes plus curieux, avides de découvertes hors des sentiers battus.

Voici donc une série d’anecdotes que j’ai trouvées dans les livres suivants : « Bordeaux petits secrets et grandes histoires » et « Bordeaux Secret et Insolite » tous deux de Philippe Prévot, ainsi que sur le site internet Vallée du Ciron.

 

Les momies de la flèche

L’histoire des momies de Saint-Michel est bien connue à Bordeaux.

Nombreux sont ceux qui, en les entrevoyant avec effroi dans la pénombre de la crypte de la flèche, ont imaginé les destins tragiques et incroyables de ces dépouilles.

Tout commence en 1791 lorsqu’on décide, pour éviter des épidémies, de supprimer tous les cimetières à l’intérieur de la ville.

On découvre ainsi, dans celui de Saint-Michel, plusieurs corps naturellement momifiés grâce à l’abondance de carbonate de calcium. Ces « momies » sont alors disposées en cercle dans la crypte de la tour Saint-Michel, la « flèche ». Rapidement, leur présence attire les curieux, même célèbres comme Stendhal, Victor Hugo, Flaubert, de passage à Bordeaux et qui contribuent à accroître leur popularité en contant leurs découvertes.

Pour les distinguer dans l’obscurité, une femme éclaire leurs visages tannés avec une lampe à pétrole.

Comment avaient-ils trouvé la mort ? Cette famille est-elle morte d’un empoisonnement aux champignons ? Ce général est-il décédé lors d’un duel ? Ce jeune homme a-t-il été enterré vivant ?

Objets d’une trop grande curiosité et victimes de microbes et de vandalisme, on décide, en 1979, de fermer la crypte aux visites et d’enterrer les corps au cimetière de la chartreuse.

 

Des pavés funéraires

Au Moyen-Âge, il est coutume d’enterrer les défunts sous le dallage des églises.

Et peut-être, si tu as visité la basilique Saint-Michel, as-tu découvert des pavés funéraires ? En effet, certains sont encore visibles. On peut lire sur certains, des chiffres, de 80 à 97 ou sur un autre l’inscription suivante : « sépulture de M. Quantin, couvreur/plombeur ». Un outil est représenté à côté du chiffre 69. Ce pavé funéraire est encore perceptible car il se trouve près d’un pilier…

 

La vocation du passage Saint-Michel

Es-tu déjà rentré aux numéros 14 et 15 de la Place Canteloup ?

Il s’agit du passage Saint-Michel. À ses débuts, il était le siège de l’entreprise de Céleste Dérua qui proposait des essences aromatiques conservées dans des petites bouteilles bleues.

Puis, le bâtiment accueillît une mûrisserie de bananes, un entrepôt de café et de légumes…

Pendant longtemps, sa fonction resta alimentaire.

 

Château Descas

Si tu es passé par le quai de Paludate, tu as forcément remarqué cet étonnant bâtiment qu’est le château Descas.

Au XIXe siècle, Jean Descas est un négociant en vin. Il possède un chai rue Carpenteyre à Saint-Michel. Ayant un nez pour les affaires, il fait rapidement fortune.

C’est alors qu’il a une idée, assez novatrice pour l’époque. Il décide de regrouper ses entrepôts et de centraliser ses services dans un même lieu. Il achète alors les anciens terrains de l’hôpital de la Manufacture et construit le « palais Descas ». On y trouvait une tonnellerie, des chais de vinification et de stockage jusqu’à 1 500 000 bouteilles.

 

On les abandonnait

Au 16 de la rue Peyronnet existe encore une aile de l’ancien hôpital de la Manufacture.

Au XVIIe siècle, grâce à un legs d’Anne de Tauzia, le Cardinal de Sourdis voit la naissance de son original projet : construire un hôpital et former les handicapés en convalescence à un travail compatible de leurs capacités et leur permettant de préserver une autonomie économique.

À côté de l’entrée principale, en face de la Garonne, il y avait un cylindre en bois qui pivotait sur lui-même et dans lequel on abandonnait anonymement des bébés. Ils étaient alors récupérés côté hôpital.

Entre 1811 et 1842, on compta 37 000 nourrissons pris en charge par l’hôpital.

 

Bordeaux vu du ciel

Ce fût au même endroit, dans la cour de l’hôpital de la Manufacture que, pour la première fois, le 16 juin 1784, Dabelet, Degranges et Chaifour prirent leur envol à bord d’une montgolfière pour découvrir Bordeaux vu d’en haut.

Depuis décembre 1783, diverses tentatives avaient eu lieu, sans succès. Ayant attiré de nombreux curieux, il y eu même des émeutes de personnes contrariées d’avoir payé pour ne rien voir.

Jusqu’à ce fameux 16 juin, où la cour de l’hôpital offrait un lieu abrité des vents. Avec enthousiasme, les gens regardèrent la montgolfière s’élever au-dessus de la basilique Saint-Michel, de la Grosse Cloche pour atterrir un peu plus loin au milieu des vignes.

 

Des moines vignerons

Savais-tu que château Carbonnieux, dans les Graves, avait appartenu à l’abbaye de Sainte-Croix ?

Il fît partie de nombreuses donations léguées en 1741. Les moines transformèrent le vignoble pour produire un célèbre nectar acheté dans toute l’Europe. D’ailleurs, on retrouve le « S » et la « croix » de Sainte Croix sur l’étiquette des bouteilles de château Carbonnieux. À ce propos, je suis partie explorer les routes des vins des Graves si tu veux découvrir la balade ou les vignes autour de Pessac.

 

Il est momo

As-tu entendu parler de Saint Momolin ?

Après son périple jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle, il s’arrête à Bordeaux où il meurt en 643, épuisé de son voyage. Il est enterré dans l’abbaye de Sainte-Croix. Saint-Momolin était connu pour soigner les malades mentaux.

On les enchaînait à son tombeau pendant 11 jours pour réciter des prières implorant le Saint.

Aujourd’hui, on peut encore trouver les anneaux de fer auxquels étaient attachés les « malades » au pied des piliers de la nef. Depuis, est née l’expression « il est un peu momo ».

 

Quelques rues à arpenter

Rue de la Fusterie : arrête-toi au 31 pour admirer cette façade construite vers 1550. Les lignes horizontales et les moulures sont typiques de la Renaissance. C’est au dernier étage que le peintre Jean-Claude Dauguet (1939-2002) créait ses peintures sur la corrida.

Rue Leyteire, rue Saint François, rue du cloître : c’est sur ce périmètre qu’était installé le plus important couvent des Cordeliers de la région, nommé Grand Couvent ou Grande Observance. Il possédait 15 chapelles et accueillait de nombreuses confréries comme les boutonniers, les chapeliers… Abandonné en 1792, on l’ouvrit pour construire de nouvelles voies. Au 20 rue Saint-François, on peut encore découvrir des vestiges comme des voutes, des colonnes ou des peintures murales.

La façade du 18 rue du cloître est riche en motifs. Si tu regardes de plus près, tu repèreras des lettres hébraïques qui se cachent derrière les colonnes toscanes. Encore aujourd’hui, on ne sait pas ce qu’elles signifient ni pourquoi elles sont là.

La rue Camille Sauvageau était l’artère commerçante du quartier. Les habitants l’appelaient « la petite rue Sainte Catherine » et aimaient s’y rendre pour leurs achats. Cela leur permettait de rester entre habitants du quartier et leur évitait de se rendre dans le centre-ville.

Si tu es amateur de mascarons, arrête-toi devant le n°89.

La rue des Fours rappelle ce terrible hiver de 1709. Pendant 2 mois, Bordeaux et le vignoble subissent des températures glaciales. Dans les Graves, on note jusqu’à -23°C. La Garonne est gelée, les imposants chênes ne résistent pas et éclatent bruyamment, les horloges de la ville ne fonctionnent plus. Gibier et bétail périssent. Le vin gèle dans les barriques, la vigne, détruite, ne donnera plus de raisins pendant de longues années.

Le pain est gelé et il y a une pénurie de farine. Les habitants attaquent les boulangeries parce qu’ils les soupçonnent de cuire du pain en cachette. La Jurade décide alors de construire des fours à usage public dans un cul-de-sac nommé rue des Fours.

 

Si l’école des Beaux-Arts est ouverte (du lundi au vendredi), profites-en pour entrer et faire le tour du parc. Tu découvriras notamment la fontaine adossée à l’ancien rempart du XIVe siècle.

Devant l’abbaye de Sainte-Croix, regarde bien les innombrables motifs des différentes façades. Il y a les signes du zodiaque, des personnages portant une bourse au cou symbolisant l’avarice ou encore des femmes représentant la luxure. Ce sont des thèmes caractéristiques de la sculpture romane du sud de la France.

À la basilique Saint-Michel, rends-toi au 17 rue des Faures. Au sommet du mur de la basilique, il y a une série de motifs. Il s’agit d’un rébus en hommage à Henri de Valois Ray. Le « H » est surmonté d’une couronne royale. Parviendras-tu à le déchiffrer ?

 

Bien sûr, tu peux faire une pause dans l’un des nombreux cafés autour de la basilique ou de l’abbaye.

Si tu te balades le matin, pars aussi à la découverte du marché des capucins (tous les jours sauf le lundi), du passage Saint-Michel ou chine aux puces place Meynard.

Grimpe en haut de la flèche pour profiter de la vue de Bordeaux et la Garonne. Elle est inoubliable. D’autant plus que tu vois l’architecture du clocher de l’intérieur.

 

Les photos de ma balade 

Crédit photos David Da Silva

Comme tu le sais, il y a encore d’innombrables histoires sur ces quartiers.

D’ailleurs, peut-être as-tu une anecdote que tu aimerais partager dans les commentaires ? Si tu pars explorer ces quartiers, partage tes aventures avec nous.

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