Basilique Saint-Michel : le vol et la restitution des albâtres de Nottingham

Albâtres de Nottingham
Basilique Saint-Michel
Albâtres du 15e siècles de Saint-Michel

À Bordeaux, la basilique Saint-Michel abrite des chapelles, autrefois dédiées aux grandes confréries travaillant dans le quartier. La chapelle Saint-Joseph – 4e à gauche depuis l’entrée principale – appartient aux années 1526. Ce lieu de culte accueillait les travailleurs du bois, tels les charpentiers.

Depuis 1848, un bas-relief illustrant l’iconographie 7 joies de la Vierge décore le retable. 9 panneaux coiffés de dais composent l’ensemble. 8 d’entre eux sont sculptés au 15e siècle en albâtres de Nottingham.

Dérobés en 1984, l’oeuvre d’art est à nouveau complète et de retour dans la basilique en 2019. L’enquête nécessita la collaboration de différents ministères français, du FBI, d’Interpol, de collectionneurs et d’antiquaires… Ce vol d’œuvres d’art sera qualifié d’un des plus grands vols avec substitution de la fin du siècle dernier. Récit.

 

1993 : découverte du vol des albâtres de Saint-Michel

7 décembre 1993 : Françoise Baron, conservatrice générale au département sculptures du musée du Louvre tient entre les mains une pièce qui interpelle. Elle reconnait l’albâtre représentant le Couronnement de la Vierge par la Trinité. La pièce fait partie de l’iconographie 7 joies de la Vierge répertoriée à la basilique Saint-Michel à Bordeaux. Coup de fil au Musée d’Aquitaine.

Délie Muller, la conservatrice en chef des collections médiévales et modernes du musée d’Aquitaine s’étonne. Direction la basilique pour vérification avec le père de Menditte, curé de Saint Michel depuis 1985. Une fois sur place, Muller constate en grattant les panneaux que la plupart sont en plâtre. Il s’agit de faux. Sur les neuf composant le bas-relief, seuls deux – La Résurrection et Saint Joseph s’avèrent authentiques.

 

L’enquête : Interpol, FBI et ministères français sur le coup

Une enquête policière se met en place pour déterminer la date du vol et retracer le cheminement des œuvres d’art. Deux éléments importants :

• Sur le retable subsistent le panneau central et le dernier panneau à droite car en plâtre.

• Les voleurs ont inversé le tableau 6, L’Ascension et le tableau 7 L’Assomption quand ils ont inséré les faux.

 

Le Couronnement de la Vierge, détenu par Françoise Baron, appartenait à Antoine Perpitch, un antiquaire parisien décédé. Il détenait aussi l’Assomption. Le service des acquisitions des Musées de France avait confié l’œuvre pour une expertise dans le cadre d’une succession. Cet antiquaire aurait acheté les deux albâtres à l’antiquaire bordelais Emmanuel Hilber. Ce dernier indique ne pas être au courant du vol et avoir acquis les pièces auprès d’un marchand ambulant fin août 1984 sur le parvis de la basilique…

 

Un vol commis en août 1984

Pour la rédaction de son mémoire sur L’inventaire des albâtres anglais dans le Sud-Ouest de la France au 14e et 15e siècles, l’étudiante Pascale Gorguet-Ballesteros avait constitué un ensemble de documents attestant de l’authenticité des albâtres jusqu’en 1984 ; de précieuses données pour l’enquête. Maintenant que le vol est situé fin août 1984 – soit quasi 10 ans auparavant – le délai de prescription s’applique pour les voleurs. Seul le recel – si prouvé – sera retenu.

 

Scénarios du vol évoqués par Jean-Paul Vigneaud

Jean-Paul Vigneaud établit dans son ouvrage Les albâtres de Saint-Michel, histoire d’un vol presque parfait, quelques hypothèses autour du vol :

• Le vol a pu être commis en plusieurs fois, par plus d’une personne.

• Est-ce que le voleur s’est caché dans la basilique à sa fermeture ?

• Avait-il un double des clefs ou un passe partout pour la serrure ?

• Le vol ne s’est pas ébruité, laissant penser que peu de personnes devait être au courant.

• Décrocher les albâtres, prélever les empreintes pour le moulage, réaliser les faux… Le tout sans laisser de trace : le voleur est compétent.

• Ont-ils prélevé les empreintes sur place, fabriquer les faux à l’extérieur et procéder à la substitution dans la basilique ?

 

Objectif : retrouver les albâtres de Saint-Michel

Chapelle Saint-Joseph

L’Annonciation, La Nativité, L’Adoration des Mages et L’Ascension ont été vendus en 1988 à l’antiquaire new-yorkais Sydney Levethan. Le FBI retrouve l’acheteur mais celui-ci refuse tout échange avec les enquêteurs.

• 2005 : Saint-Jean Baptiste appartient à un diplomate suisse résidant à Monaco. L’oeuvre d’art sera la 3e à être restituée.

• 2016 : Sydney Levethan décédé, on découvre qu’il a vendu une partie de sa collection chez Christie’s mais les albâtres n’y figurent pas. L’enquête continue en collaboration avec son fils et son épouse. Après avoir découvert qu’il s’agissait d’un vol, Sydney Levethan aurait vendu les tableaux à l’antiquaire londonien Daniel Katz.

• Les autorités localisent les albâtres chez le collectionneur Russel Strachan qui les détient depuis 1999. Les négociations débutent. La ville de Bordeaux doit prouver que les panneaux lui appartiennent.

• 2018 : le directeur du service culturel de Bordeaux voyage en camion jusqu’en Angleterre pour récupérer les pièces.

• Septembre 2019 : le retable accueille les quatre derniers albâtres.

Pourquoi ces albâtres de Nottingham sont des œuvres exceptionnelles

Le bas-relief illustre 7 joies de la Vierge. S’étirant sur 3.5 mètres, les tableaux Saint Jean Baptiste, l’Annonciation, la Nativité, l’Adoration des Mages, la Résurrection, L’Ascension, l’Assomption, le Couronnement et Saint Joseph le composent. Les pièces – qui mesurent 50cm de haut pour 35 cm de large – sont considérées rares et exceptionnelles par la qualité de la sculpture, leur finesse, l’état de conservation et les traces de polychromie.

Tendre, l’albâtre permet de réaliser un travail fin et détaillé par exemple pour le traitement des cheveux, des drapés ou des couronnes… Fragile, il se casse facilement. On y applique du blanc, rouge, vert bleu ou or pour mettre en valeur certaines parties de la pièce.

Entre le 14e et le 15e siècle, les ateliers anglais sculptent beaucoup en albâtre. Le matériau est prélevé dans les carrières du Nottinghamshire et du Derbyshire. Il est moins onéreux que le marbre. Comme pour les 7 joies de la Vierge, l’idée est d’imager la religion.

Albâtres de Nottingham bas relief du retable

Crédit photos Fleur explore Bordeaux

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Fleur explore Bordeaux

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