Architecture Le Corbusier en Gironde :
circuit Pessac, Podensac et Lège-Cap-Ferret
© Groupe des Cinq
78 bâtiments, 11 pays, 400 projets architecturaux et 17 sites classés au Patrimoine mondial de l’UNESCO, voici l’héritage laissé par Le Corbusier (1887-1965) à l’architecture moderne. En Gironde, 3 sites sont signés Le Corbusier : le château d’eau de Podensac, un lotissement à Lège-Cap-Ferret et la Cité Frugès, située à Pessac dans la métropole bordelaise. Une idée de circuit pour les amoureux du Mouvement moderne, de l’avant-garde et de l’habitat social.
1918, château d’eau de Podensac
Le projet
Depuis 1914, l’entrepreneur de travaux publics François Thévenot possède une propriété à Podensac, le domaine Chavat. Son parc est composé de plusieurs jardins à l’anglaise et à la française. On y trouve des fontaines, des serres et même une centrale électrique. Sa résidence étant aussi un domaine viticole et agricole, les besoins en eau sont conséquents. Le propriétaire souhaite donc construire un château d’eau. Il pense alors au fils d’une amie : Charles-Édouard Jeanneret, futur Le Corbusier.
Architecture du château d’eau de Podensac
Souhait de Thévenot : ajouter un salon, un lieu de contemplation à l’édifice. C’est pourquoi, Le Corbusier ajoute sous le réservoir de la tour cylindrique une gloriette rythmée de 8 portes-fenêtres. Pour y accéder un escalier hélicoïdal. Au sommet un toit terrasse. L’ouvrage devient un belvédère à 360° surplombant la campagne environnante et la Garonne.
Pour l’ossature du réservoir de 80m³, Le Corbusier s’inspire des techniques développées par l’ingénieur François Hennebique. Les plans de la structure placent les poutres verticales de façon cylindrique et les relient à celles disposées radialement.
Premier ouvrage de Le Corbusier en Gironde sur la route des vins de Graves
Tout juste diplômé, l’architecte n’est pas encore « Le Corbusier». L’homme travaille sous son nom, Charles-Édouard Jeanneret. C’est à partir de 1920 que l’architecte adopte le pseudonyme. Dès lors, ses travaux architecturaux et ses écrits sont réalisés par Le Corbusier. Seule son œuvre artistique est signée Jeanneret. Le château d’eau – qui sera son seul et unique – représente son premier ouvrage en béton armé en Gironde et dans l’hexagone… Et il se trouve, avec la Maison Lillet, à Podensac, à une trentaine de kilomètres de Bordeaux sur la route des Vins de Graves.
Devenir du château d’eau
Dans les années 1930, la ville de Podensac possède le domaine Chavat. Le château d’eau alimente le voisinage. En 1942, un second réservoir de 400m³ est construit juste à côté. L’ouvrage de Le Corbusier est alors abandonné… Jusqu’à l’arrivée du Groupe des Cinq, une association d’architectes.
Restauration du château d’eau – ouverture au public en 2027
Grand amateur du travail de Le Corbusier et engagé dans la conservation du patrimoine aquitain, le Groupe des Cinq achète pour un franc symbolique par bail emphytéotique le château d’eau en 1987. Leur idée : restaurer l’identité architecturale de l’édifice pour l’ouvrir à la création artistique. Inscrit Monument Historique en 2006, le Loto du patrimoine apporte, en 2019, un soutien financier. 2027 marquera l’ouverture au public du site.
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1925, cité ouvrière de Lège Cap-Ferret : lotissement ouvrier
Le projet de Lège
Henry Frugès, industriel amateur d’art à Bordeaux découvre en 1923 dans la revue L’Esprit Nouveau, les vues innovantes de Le Corbusier décrites dans l’article Vers une Architecture. Partageant ses idées, il demande à l’architecte – avec son cousin Pierre Jeanneret – de construire des logements pour les ouvriers travaillant dans sa scierie. Pour les travaux, Frugès – à la demande de Le Corbusier – investit dans une machine innovante, un canon à ciment Ingersoll Rand.
La maison du Tonkin, chantier expérimental à Bordeaux
À l’été 1924, Le Corbusier décide d’élever un prototype, la maison du Tonkin, sur le site de la raffinerie de Frugès, dans le quartier Sainte-Croix à Bordeaux. Ce chantier lui permet d’expérimenter de nouvelles techniques et modèles de construction. La maison est en béton armé coulé sur place grâce au canon à ciment. La maison du Tonkin sera finalement détruite en 1975.
Difficultés techniques
Après ses expérimentations sur la Maison du Tonkin, Le Corbusier et Jeanneret s’attaquent à la cité ouvrière de Lège. Tout comme sur le chantier de Pessac, l’utilisation du canon à ciment se révèle difficile à maîtriser, soulevant d’importants dysfonctionnements structurels.
Architecture de la cité ouvrière
Terminée en 1925, 6 maisons avec jardin, une cantine-hôtellerie pour les travailleurs saisonniers et une placette avec un fronton de pelote basque composent la cité ouvrière. La scierie Frugès se trouve juste de l’autre côté de la route. C’est d’ici que partent emballages et palettes nécessaires à sa production de sucre à Bordeaux.
Deux types de maisons prennent forme. 3 maisons avec un plan en parallélépipède forment le type A. 3 maisons en forme de cubes sont de type B. Toutes fournissent un confort moderne avec une attention particulière à l’entrée de l’air et la lumière. Murs blancs et fenêtres horizontales rythment l’ensemble. Les toits-terrasses, d’inspiration méditerranéenne, donnent au lotissement ouvrier le nom de quartier marocain.
Devenir du lotissement Le Corbusier à Lège
Le contexte économique des années 1930 pousse Frugès à vendre son usine à la famille Darbo, des sylviculteurs locaux. Au fil du temps, les logements sont transformés, la cité ouvrière abandonnée. En 1990, l’ensemble est inscrit à l‘inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. En 1993, OPAC Gironde Habitat acquiert le lotissement dans l’intention de lui redonner sa vocation d’habitat social. Des campagnes de travaux sont réalisées en 1996 et 2012 avec l’intention de restaurer l’identité de Le Corbusier et de l’ouvrir au public.
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1926, Pessac : les Quartiers Modernes Frugès
Le projet de Le Corbusier à Pessac
Pour les ouvriers de sa sucrerie, Frugès souhaite aussi une cité ouvrière, cette fois-ci d’une échelle bien plus importante. Il fait à nouveau appel à Le Corbusier et Pierre Jeanneret. Lieu du chantier : Monteil, zone rurale à 3 km du bourg de Pessac.
L’architecture de la Cité Frugès
Chaque édifice porte des caractéristiques techniques et spatiales identiques afin de créer des modules standardisés, soit un carré de 5 mètres de côté. Le type architectural de base – baptisé B1L – se compose de deux niveaux d’une travée et demie. » L’intention de Le Corbusier : expérimenter la production en série avec la préfabrication des éléments portant l’ossature ou nécessaires aux équipements.
Afin de créer des édifices type mais distinctifs, les architectes alternent sur le nombre de travées. Les effets de polychromie en façade jouent avec les volumes. Ainsi naissent les maisons gratte-ciel ; les maisons à arcades ; les maisons en quinconces ; les maisons zig-zag ; deux maisons jumelles et une maison isolée appelée Maison Vrinat. Toutes portent des équipements apportant un confort nouveau : garage, chauffage central, électricité, douche, sanitaires… La nature ayant un rôle essentiel aux yeux de Le Corbusier, Les Quartiers Modernes Frugès sont encadrés d’arbres le long de la voirie et dans les jardins.
Difficultés techniques
Tout comme pour le chantier de Lège, les ouvriers ne maîtrisent pas l’utilisation du canon à ciment et commettent des erreurs techniques. Retards et soucis administratifs et financiers ne permettent pas de terminer la cité-jardin. Des 130 à 150 villas prévues pour les Quartiers Modernes Frugès, on inaugure 51 maisons en juin 1926 – une maison sera ensuite bombardée. D’autres difficultés concernant l’assainissement des lieux retardent la mise en vente des lots. La Cité Frugès se dégrade. L’identité architecturale et esthétique freine l’achat des lots. Les choix forts de Le Corbusier pour ses logements modernes bousculent les mentalités. Plus tard, certains propriétaires altèrent les toits, les ouvertures ou rajoutent des garages sous les pilotis.
Architecture Le Corbusier, une vision révolutionnaire
L’habitat social imaginé à Pessac et Lège Cap-Ferret illustre la volonté de Le Corbusier – soutenu par Frugès – de sortir des esthétiques traditionnelles pour concevoir une architecture moderne et donc une vie moderne. Pour ces lotissements, Le Corbusier souhaite faire corréler l’art, le progrès social et l’innovation architecturale.
Les chantiers de Lège et de Pessac permettent à l’architecte d’expérimenter ses théories dans l’intention de standardiser les modules. Ses habitations dessinent des plans géométriques épurés et fonctionnalistes ; préceptes de l’architecture et l’urbanisme moderne. Le choix des matériaux, des équipements, des aménagements, du contact du soleil et de la lumière et des jardins proposent un confort et un style de vie nouveau.
Cinq points d’une architecture nouvelle selon Le Corbusier
Ses théories fixent les canons de l’architecture moderne. En 1927, Le Corbusier formule Cinq points d’une architecture nouvelle avec pour base :
– Les pilotis
– La fenêtre en longueur
– Le toit-jardin
– Le plan libre
– La façade libre
Le Corbusier est considéré l’architecte du 20e siècle et un des représentants les plus influents du Mouvement moderne.
Œuvre Le Corbusier : patrimoine mondial de l’UNESCO et itinéraire culturel
Depuis le 17 juillet 2016, la Cité Frugès est inscrite sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. Elle fait partie d’une inscription collective de 17 sites – dispersés dans sept pays – au titre de l’œuvre architecturale de Le Corbusier, une contribution exceptionnelle au Mouvement moderne.
À cette inscription, s’ajoute en mai 2019, l’itinéraire culturel « Destinations Le Corbusier : promenades architecturales », certifié Itinéraire culturel par le Conseil de l’Europe.
Circuit Le Corbusier en Gironde
Depuis de nombreuses années, les amateurs de Le Corbusier sillonnent ces trois sites girondins pour apprécier pleinement les ouvrages de l’architecte. Quelques informations à savoir pour préparer ces sorties :
– Pessac : la Cité Frugès se visite sur réservation ou en se promenant librement.
– Podensac : 2027 marque l’ouverture du site. L’association du Groupe des Cinq renseigne programmation artistique autour du château d’eau. Il est aussi possible d’apprécier l’ouvrage depuis la route.
– Lège-Cap-Ferret : les maison signées Le Corbusier ne s’ont pas ouvertes au public – à ce jour – néanmoins, on peut aussi les apercevoir depuis la route.
Belles balades en Gironde. Raconte-moi tes aventures dans les commentaires !
© David Da Silva
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