Flâner dans les rues de Bordeaux :

entre Saint-Julien et Sainte-Eulalie

Il y a tout juste quelques semaines, je t’invitais à flâner aux Chartrons. Entre histoire et anecdotes, tu apprenais comment le quartier avait évolué au fil des années.

Aujourd’hui, que dirais-tu de poursuivre la découverte de Bordeaux ?

Partant ? Alors suis-moi dans les rues de Saint-Julien et Sainte-Eulalie, où ici aussi, les murs te content leur passé.

 

Quelques rues à arpenter dans les quartiers Saint-Julien et Sainte-Eulalie

 

Place Saint-Julien

Anciennement connue comme place d’Aquitaine, en hommage au Duc d’Aquitaine, et encore avant comme place Saint-Julien, du nom d’un hôpital soignant lépreux et pestiférés, la place de la Victoire est aujourd’hui prisée des étudiants bordelais.

Le nom « Victoire » évoque la Grande Guerre ; tout comme les cours de la Somme, de la Marne et d’Argonne.

Avant l’arc-de-triomphe qu’on lui connaît, était élevée l’ancienne porte médiévale Saint-Julien, démolie au XVIIIe siècle par Tourny.

La porte d’aujourd’hui fut édifiée, entre 1753 et 1756, en pierre de Saint-Macaire et réalisée par André Portier. Côté Sainte-Catherine, le fronton représente les armes de la ville. Côté place, le sculpteur Francin évoque le Fleuve et l’Agriculture.

Tout autour de la porte, Portier envisageait deux places rectangulaires entourées de maisons à arcades mais le projet ne vit pas le jour.

 

Hommage au vin

Depuis 2005, un obélisque en bronze et marbre rouge relate l’histoire du vin et de la vigne.

À côté, les tortues de bronze font aussi référence au vignoble avec le nom des appellations bordelaises sur leurs carapaces.

Au n°1, la vigne a pris racine depuis le XVIIIe siècle. À l’époque 6 pieds décorent les murs de la porte Saint-Julien (aussi pavillon d’octroi). Tous les ans, ce pied historique est vendangé et taillé.

Un peu plus loin sur la place, les étudiants en médecine sont accueillis par la Nature et la Science, statues marquant l’entrée de la faculté de Médecine née en 1876.

 

Rue Sainte-Catherine

Depuis la place de la Victoire, la rue Sainte-Catherine mène jusqu’à la place de la Comédie. Son nom provient d’une ancienne chapelle érigée en 1048 et démolie en 1835.

Elle suit l’ancien tracé du cardo nord-sud formé par la ville gallo-romaine. L’artère est aujourd’hui la rue piétonne et commerçante la plus longue d’Europe.

Place de la Comédie s’élevait la Porte du Médoc détruite en 1772.

Lève les yeux pour découvrir les garde-corps (ou garde-cocu) en ferronnerie qui séparent les balcons.

C’est aussi cette rue qu’ont emprunté Anne d’Autriche et Louis XIII pour se rendre et se marier à la cathédrale Saint-André.

Les grenadiers de Poméranie qui accompagnaient la future reine éclipsaient quelque peu le cortège du roi. Aussi eut-on l’idée d’habiller des paysans de la région de barbes et d’uniformes et de les hisser sur des échasses, afin de donner davantage de faste au cortège royal. On les nomma la compagnie des géants.

 

Rue du Grand-Rabbin-Joseph-Cohen

Passe par le 5 de la rue du Grand-Rabbin-Joseph-Cohen.

Le 8 septembre 1768, un ouragan s’abat sur Bordeaux et la tour Saint-Michel, « la flèche », perd son clocher. La ville ne dispose pas de fonds pour le reconstruire. Les années défilent et la tour reste ainsi.

60 ans plus tard, on aménage sur la flèche une plate-forme pour recevoir une station du télégraphe Chappe (je t’en parlais lors de ma balade dans le quartier Saint-Michel).

Les frères Chappe sont les inventeurs d’un système télégraphique novateur : des sémaphores aux bras articulés sont disposés sur des tours (hautes d’environ 8.50 mètres) pour transmettre des messages. Les bras reproduisent jusqu’à 196 positions codées. Celles-ci sont copiées par un gardien pour les communiquer à la tour suivante, distante de 5 à 15 kms.

Pour que les messages passent d’une tour à l’autre, il faut être de jour avec une météo sans pluie ou brouillard. Un message destiné à Paris prend ainsi 3h30 au lieu de 60 heures de cheval.

Une de ses tours se trouvait sur le toit du n°5 de la rue du Grand-Rabbin-Joseph-Cohen. Pendant 12 ans, les bras se sont agités pour transmettre leurs messages.

Au n°8 de la du Grand-Rabbin-Joseph-Cohen, voici la Synagogue. Elle est construite en 1812, au cœur des commerces israélites, par l’architecte Armand Corcelles. Détruite par un incendie en 1873, elle est relevée en 1882.

L’un des murs rend hommage aux 550 déportés du train fantôme.

 

Le Couvent des Annonciades

Arrête-toi au 54 rue Magendie pour découvrir l’ancien Couvent des Annonciades, classé Monument Historique.

Pendant des siècles, les rues de Saint-Julien sont animées par des femmes de petite vertu. Afin de pouvoir recueillir les repenties, Jeanne de Valois fonde en 1519, avec la congrégation des religieuses de l’Annonciade, le Couvent des Annonciades.

Durant la Révolution, le Couvent est transformé en salpêtrière.

Puis, en 1808, le lieu est racheté par les religieuses de la Miséricorde. A partir de 1950, les nouvelles pensionnaires sont des délinquantes mineures. En 1995, il abrite les bureaux de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC).

 

L’église Sainte-Eulalie

Fais le tour de l’église gothique Sainte-Eulalie face à l’hôpital Saint-André. Édifiée à l’emplacement d’une église romaine, elle est agrandie et remaniée jusqu’au XX e siècle.

Pose ton regard sur ses recoins, examine les toits. Ils masqueraient une sculpture représentant 3 léopards, blason d’une puissante famille bordelaise enterrée dans l’église.

« L’homme sauvage » est aussi perché sur les murs de l’église. Née au Moyen-Âge, cette créature poilue évoque le mal.

Au fil des siècles, il devient un personnage de carnaval comme celui de Périgueux où ce « Pétassou » y meurt dans les flammes.

À l’intérieur de l’église, la chapelle Saint-Clair détient un « bâton miraculeux » du XVI e siècle. L’œuvre représente Saint Roch et Saint Sébastien, protecteurs de la peste qui accable Bordeaux. Les habitants vouent un culte fervent à l’objet et le louent dans l’espoir d’être épargnés par l’épidémie.

La grille en fer forgé, marquant l’entrée de la chapelle Saint-Clair, est une pièce remarquable signée Blaise Charlus.

 

L’hôpital Saint-André

En face, se trouve le premier hôpital laïque et municipal de Bordeaux : l’hôpital Saint-André.

Fin XIVe, le chanoine Vital Carles lègue ses terres et bâtiments à la ville pour fonder un établissement accueillant les « pauvres malades » de toutes origines.

Pour diriger l’hôpital, il désigne un « gouverneur » laïc et les jurats de la ville pour éviter de dépendre d’un ordre religieux.

Au fil des siècles, les bâtiments sont reconstruits selon les règles d’hygiène et agrandis. L’apothicairerie est intégrée à l’hôpital. Pour devenir apothicaire, il faut faire un apprentissage, puis, 4 ans de compagnonnage. L’aspirant termine ses études en créant un « chef d’œuvre », soit 4 préparations. Si le compagnonnage t’intéresse, regarde mon reportage sur le musée des Compagnons du Tour de France.

 

Le palais de justice

Sur la place de la République, tu passes par l’ancien palais de justice imaginé par l’architecte Thiac et construit à l’emplacement de l’ancien fort du Hâ entre 1839 et 1846.

Installés sur les toits, Montesquieu, Michel de l’Hospital, Malesherbes et d’Aguesseau te saluent.

À côté, se trouve le monument aux morts rendant hommage des victimes de la guerre de 1870 contre la Prusse.

 

Musée d’Aquitaine

Au 20 cours Pasteur, voici le musée d’Aquitaine, installé depuis 1985 dans l’ancienne faculté des Sciences et des Lettres.

Créé par l’Académie de Bordeaux en 1783, il se nommait « Musée lapidaire » et a débuté par des expositions archéologiques.

Aujourd’hui, il raconte l’histoire de la ville au fil des siècle au travers de ses collections d’archéologie, d’histoire, d’ethnographie ainsi que des expositions d’œuvres d’art, d’objets, de sculptures…

 

La place Pey-Berland

Pey-Berland est un archevêque bordelais du XVe siècle qui marqua l’histoire de Bordeaux par différentes actions.

À cette époque, la France a reconquit l’Aquitaine. La guerre contre les anglais et les nombreux pillages ont dévasté le patrimoine de la région. Pey-Berland contribue à sauvegarder les églises, à créer des hospices pour accueillir les pauvres.

En faveur de l’instruction, il fonde aussi, à ses frais, une université des lois et des sciences pour la ville qui en est privée. Il s’assure que la moitié des sièges soit attribuée aux plus modestes.

 

Palais Rohan

Siège de l’hôtel de ville depuis 1837, le bâtiment est érigé entre 1172 et 1784 par l’archevêque de Bordeaux Ferdinand-Maximilien Mériadeck, prince de Rohan, sur l’emplacement de l’ancien palais archiépiscopal. Pour accomplir son projet, il fait appel à l’ingénieur Joseph Étienne puis à Richard-François Bonfin.

Le financement du palais provient de l’aménagement des vastes terres marécageuses du futur quartier de Mériadeck.

 

Cathédrale Saint-André

La cathédrale, classée au patrimoine mondial de l’Humanité, est née romaine au XIe siècle. Puis aux XIIIe et XIVesiècles, après de nombreux remaniements, son architecture évolue vers un style gothique.

À cause de la nature marécageuse du sol, la cathédrale repose sur des pilotis, des pieux de bois qui s’enfoncent jusque dans la roche dure pour soutenir le bâtiment.

D’ailleurs, d’anciens ruisseaux comme le Peugue ont été enterrés et canalisés sous les rues du quartier.

La façade ouest est nue de tout ornement ou sculpture car elle s’appuyait sur le rempart de la ville.

Parmi les grands évènements dont elle fut témoin, il y eut les noces d’Anne d’Autriche et Louis XIII, le mariage d’Aliénor d’Aquitaine et Louis VII, roi de France en 1137 et Bertrand de Got élu pontife en 1305.

Le clocher est élevé à quelques mètres de la cathédrale, au XVe siècle, pour ne pas fragiliser les fondations de l’édifice par les vibrations causées par les cloches.

Assez parlé, voici maintenant les photos de la balade !

 

Les photos

Crédit photo David Da Silva

Qu’as-tu pensé de cette balade ? Iras-tu déambuler dans ces rues pour découvrir leurs histoires ?

Partage tes commentaires et tes impressions !

Voici quelques livres si tu veux en savoir plus :

 

Bibliographie

• Les rues de Bordeaux des origines à nos jours, Roger Galy 2014

• 10 siècles de vie quotidienne à Bordeaux, Albert Rèche 1983

• Bordeaux secret et insolite, Philippe Prevot 2005

• Bordeaux, petits secrets et grandes histoires, Philippe Prevot, 2012

• Bordeaux disparu et secret, Antoine Lebègue, 2005

• Bordeaux à travers la carte postale ancienne, Jean Louis Rosenberg et Maryse Laclabère, 2017

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