Street art Bordeaux : les confidences de David Selor

 

Depuis ma balade street art autour de Belcier et Saint-Nicolas et celle près des Bassins à flot, j’aime contempler les murs de notre ville… De la fresque grande échelle au minuscule détail que seuls les plus curieux verront !

Aujourd’hui, je te fais découvrir l’univers de David Selor, graffeur installé à Bordeaux.

Tu es certainement déjà passé devant ses créations : y’en a des centaines, de son personnage Mimil, disséminées dans tout Bordeaux. Quand j’ai découvert Mimil et ce qu’il représentait, j’ai voulu en savoir plus sur son créateur…

 

L’entretien avec David Selor

 

Est-ce que tu peux te présenter pour les lecteurs ?

« David Selor, 30 ans, originaire de Cognac et domicilié à Bordeaux depuis 4/5 ans.

Je suis autodidacte. Ma spécialité est de peindre surtout des murs mais je décline sur toiles…

En fait, peu importe le support. J’suis un peintre tout support ».

 

Parle-nous de ton parcours

« J’étais en CE2 lorsque Seron Monbaton est venu faire une fresque dans mon école primaire. Il m’a donné envie de faire du graffiti. Je savais que je voulais faire parler une fois plus grand.

J’ai commencé à faire du graffiti classique (du travail de lettres) pendant quelques années ».

 

Comment est né le personnage de Mimil ?

« En 2013, je suis allé faire un service volontaire européen au Portugal. J’étais affecté dans un centre qui accueillait des autistes avec très peu d’autonomie.

L’éducateur me disait qu’il fallait les appréhender plus comme des animaux que des êtres humains car cognitivement parlant, leurs cerveaux ne s’étaient pas développés. Certaines de ces personnes étaient 100% pur instinct. Y’avait pas de normes comme chez une personne classique.

Ça m’a donné envie de faire un personnage humanoïde, mi-instinct sauvage mi-être humain : le Mimil.

 

Et voici donc le Mimil !

Crédit photo David Da Silva

« J’ai utilisé la couleur jaune car c’est une couleur voyante pour le corps. Aussi, vu que j’étais à l’étranger, je voulais un côté un peu Frenchy avec la marinière bleue et blanche.

Au fil des années j’ai élargi les sujets abordés et je me suis mis à faire des jeux de mots… Des jeux tout court ».

 

Comme ceux-ci par exemple !

Crédit photo David Da Silva

Lorsque les gens te parlent de Mimil ou de tes toiles, quelles réactions te surprennent le plus ?

« En général, c’est très éclectique.

Ça parle à beaucoup de gens, pas à d’autres et la majorité s’en fout un peu. Chacun donne son interprétation sur ce que je fais.

Une fois, une dame a vu une de mes toiles lors d’un festival et m’a dit que c’était super parce que cela l’avait éveillée à ce que pouvait vivre son fils, dyslexique.

Je ne suis pas dyslexique mais du coup, au travers des toiles, cela permet de toucher un peu au plus profond de certaines personnes et ce sont ces retours qui me touchent le plus ».

 

Quels comportements humains t’inspirent lorsque tu dessines Mimil ?

« Parfois, je ne sais pas ce que je vais faire et je commence à peindre.

Puis, des gens viennent me parler. J’en profite pour leur demander comment ça se passe dans le quartier. En général j’essaie de rebondir par rapport à ça, faire des choses pertinentes.

Mais cela n’est pas la majorité des cas non plus ».

 

Où trouves-tu ton inspiration ?

« Monsieur Poulet m’a beaucoup inspiré. En plus c’est un bordelais que maintenant je connais donc je suis d’autant plus content. Il m’a pas mal donné envie de faire des personnages avec du texte ».

 

Quels messages as-tu envie de faire passer au travers des Mimils ?

« Le message est tout le temps différent et parfois y’a même pas de message du tout c’est juste du troll, y’a rien à chercher derrière.

Ce que je revendique c’est la liberté tout simplement. Je prends la liberté d’aller peindre sur des murs qui ne sont pas forcément autorisés mais pas forcément non plus dégradés.

À partir de là, je ne demande rien, je fais mes trucs et puis je prends cette liberté-là. Ça fonctionne tant mieux, je touche du bois.

Je conseillerais à tout le monde de faire ce qu’ils ont envie mais avec un minimum de respect ».

 

Comment ça se passe avec la police ?

« C’est la roulette russe, on n’sait pas sur qui on va tomber.

Un policier c’est un être humain derrière l’uniforme. Tous ne réagissent pas pareil. La plupart sont super cools.

À Bordeaux, j’ai jamais été contrôlé, peut-être une fois… Je suis assez tranquille car je choisi mes spots, je reste pas 3 heures non plus.

Je n’fais pas du graffiti, je fais du street art. C’est pas un travail de lettres. Si j’en faisais ça serait plus compliqué, si cela s’apparentait au tag ou graffiti j’aurais certainement pas autant de facilités ».

 

Lorsque tu projettes de peindre un Mimil, comment se passe ta journée ?

« Au début à Bordeaux, je me promenais et je trouvais toujours une multitude de parpaing, de maisons pas habitées… Sauf que depuis un an et demi, c’est vachement plus compliqué d’en trouver, il y en a de moins en moins.

Maintenant au lieu de tourner pendant des heures dans le vide à Bordeaux, j’ai la chance que, quand des gens ont du parpaing, ils pensent à moi et me disent vas-y, y’a un truc qui peut t’intéresser.

Après il faut pas confondre les demandes de commandes et ce genre de spot que je fais sur les parpaings. C’est pas la même chose.

Sinon y’en a pas mal qui vont dire, si on peut te demander de venir peindre du parpaing, pourquoi pas peindre mon salon et ça c’est pas possible.
Il faut que ça profite à tout le monde en fait sinon cela devient exclusif et cela devient un travail ».

 

Qu’est-ce qui te plaît à Bordeaux ?

« À Cognac, j’avais une petite galerie mais ça bougeait pas plus que ça côté street art.

Quand j’ai vu qu’à Bordeaux ils ouvraient une saison street art, je me suis dit qu’ils allaient être assez open pour aller peindre des murs comme ça tranquillou.

Du coup c’est un bon compromis, ça me permet de travailler à Paris plus facilement et je reste pas loin de Cognac ».

 

Quel est ton quartier préféré à Bordeaux ?

« J’aurais dit avant Saint-Michel mais c’était avant ».

 

Que penses-tu du street art à Bordeaux ?

« Y’a pas beaucoup de street artistes mais je trouve qu’il y a de la qualité.

On a cette chance d’avoir une sorte de respect mutuel entre les taggeurs, les graffeurs et les street artistes.
Ça ne se tire pas trop dans les pattes comme dans les autres villes.

L’ambiance est encore bonne à Bordeaux. On se fait pas détruire les pièces en 2 jours par le premier qui passe, c’est plutôt cool.

J’ai aussi l’impression que c’est bien supporté par la mairie, ils m’ont jamais rien dit. Au contraire ils m’encouragent plus qu’autre chose ».

 

C’est plus difficile dans d’autres villes ?

« Toutes les petites villes. J’y vais plus maintenant, c’est plus simple.

Je me faisais arrêter à chaque fois. Les gens m’agressaient car ils n’ont pas l’habitude et ils font l’amalgame avec le vandalisme ».

 

T’as déjà peint à Londres ?

« Londres, j’y ai peint 3, 4 fois. C’est génial. Dans le quartier de Shoreditch, y’a une rue qui s’appelle Brick Lane. C’est La rue où toutes les grosses tronches du street art international ont peint. C’est un musée à ciel ouvert ».

 

Montpellier et Marseille c’est bien aussi.

Je me rends compte que sur les petites villes à chaque fois j’ai des ennuis. Par exemple, à Saintes, j’ai peint sur un skate parc et j’ai réussi à avoir une main courante alors que c’était une fresque que j’avais faite il y a 4 ans qui était à moitié repassée ».

 

Tu fais des tours de France ?

« Maintenant j’essaie d’être itinérant dans toute la France pour peindre un peu partout.

J’ai un calendrier aménagé, je peux partir un peu comme je veux. Je suis assez libre et je peins des murs.

J’ai un vélo dans le camion, je dors sur place.

Toute la journée, je suis à vélo, je cherche des murs, je les peins, j’enchaîne. C’est sympa, ça me permet de rencontrer des gens que je n’aurais pas rencontrés à Bordeaux par exemple et d’engager pas mal de discussions. Je pars seul mais je ne suis jamais seul, ça me fait plaisir ».

 

T’utilises quoi comme matériel ?

« Je suis à la fois à l’acrylique, au rouleau et à la bombe. Mais plus ça va et moins je vais faire de bombe ».

 

Ça te prend combien de temps pour peindre un mur ?

« Ça me prend beaucoup moins de temps que ce qu’on pense. Je suis assez rapide même sur les gros formats. Quand je m’y mets, je m’y mets.

J’aime bien peindre des trucs jolis mais dans la limite. Y’en a tellement qui le font mieux que moi, je jouerai pas dans cette catégorie.

C’est vraiment le message que je veux mettre en avant. Le côté graphique est vraiment là pour attirer le regard sur le texte, sur l’idée, sur ce qu’il se passe.

L’idée n’est pas vraiment d’embellir. Parfois c’est volontairement mal fait. Mais je n’vais pas faire un truc nul pour qu’on me dise que cela détériore les lieux publics ».

 

Pour toi, quels sont les codes du graffiti ?

« Les gens font souvent l’amalgame entre le tag, le graffiti, le street art, l’art urbain… Il y a tellement de gens qui ont des avis différents.

En détaillant peu :

– Le tag est la signature

– Le graffiti est le travail de la lettre avec plusieurs couleurs

– Le street art est dans l’espace urbain ce qui ne va pas être du tag ou du graffiti et a vocation à rien faire

– L’art urbain, ce sont des graffeurs qui font des toiles ».

 

*et si tu veux connaître plus de vocab’, lis mon article sur le street art côté Saint-Nicolas et Belcier !

 

Réalises-tu des fresques avec d’autres graffeurs bordelais ?

« De temps en temps, à l’occasion. Plus sur papier que sur mur.

J’ai fait des collabs avec A-MO ; avec Rouge, (vers l’arrêt Tauzia) ; avec Mika, Mathieu Perrono, Möka » …

 

Quelles rencontres et collaborations t’ont marquées ?

« Flor et Noze, un couple du Havre que j’ai rencontré à Bordeaux en train de peindre une grosse fresque. Je les ai re rencontrés à Marseille.

On n’a pas eu le temps de travailler ensemble parce qu’ils étaient sur un mur qui leur prenait 4 jours et j’étais occupé à vagabonder. C’était une bonne rencontre.

J’ai fait une collab avec Noty Aroz pour la galerie Cox à Bordeaux. Je suis venu à l’installation de leur expo et ils m’ont proposé de m’incruster.

Quand je vais à Paris, c’est chez eux que je vais en général. Y’aura aussi des collabs futures…

J’ai aussi eu l’occasion de rencontrer SCAF de Nancy à Darwin. Y’a eu une collaboration presque improvisée.

Avec les copains de Bordeaux c’est toujours un plaisir aussi ».

 

*Pour en savoir plus sur ces artistes, clique sur leurs noms !

 

Et le festival Shake Well ?

« J’ai participé à la 1ère édition, c’était génial, y’avait un super accueil mais je n’candidate plus car c’est pas mon univers, c’est trop graffiti pour moi ».

 

Qu’est-ce que ça t’apporte d’être graffeur ?

« Je vis aujourd’hui grâce à ça.

Le street art m’a fait connaître graphiquement et maintenant cela ramène des gens aux expos, cela permet de vendre des toiles pour financer la peinture et aller repeindre dans la rue.

Depuis cette année, je fais des illustrations numériques. Je vais monter un Instagram dédié à ça. C’est la même idée dans le fond mais c’est pas le même travail ».

 

Est-ce que tu vois ton style évoluer ?

« Oui, je bosse sur la sculpture aussi.

J’essaie de ne pas me poser de limites de support ni même de médium.

Je veux garder mon personnage, c’est un peu ma signature et j’ai envie de voir où est-ce que je vais l’amener et où est-ce qu’il va m’amener. Pour l’instant j’ai même pas utilisé 30% de tout ce que je peux faire avec donc je continue là-dessus.

Mais je ne me ferme pas non plus à d’autres choses. Si un jour j’ai envie de peindre des animaux je ferai des Mimils sur des animaux par exemple après c’est ce que je fais un peu déjà mais plus sur toiles ».

 

Pour ceux qui ont envie de devenir graffeur, quels conseils leur donnerais-tu ?

« Trouver autre chose que les bombes, c’est trop toxique.

C’est pas bon pour l’environnement ni pour la personne qui peint à forte dose.
Pareil pour l’acrylique.

Et puis, ça va être compliqué d’avoir des murs pour s’entraîner ».

 

Quels sont tes projets, tes actualités ?

« Y’a plein de projets de mois en mois. Tant que j’ai pas fait, je peux rien prédire. Je préfère garder la surprise ».

 

On fait comment pour te suivre ?

« Je recommande Instagram, c’est le plus facile pour le partage des photos.

Sur Facebook je communique plus à l’écrit.

Et y’a le site internet ».

 

Tu veux rajouter quelque chose ?

« J’aimerais travailler sur des gros murs alors je lance un appel si quelqu’un a une piste ».

 

 

Tu as vu plus haut les Mimils qui décorent les rues de Bordeaux. Voici à présent les photos des toiles de David Selor !

 

 

Les photos

Crédit photo David Da Silva

Alors, as-tu aimé plongé dans le monde de David Selor ?

Iras-tu chasser le Mimil dans les rues de Bordeaux ?

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