Street art Bordeaux : Jean Rooble

Jean Rooble
Bombes
Street art Bordeaux

Crédit photos David Da Silva

La série street art Bordeaux continue ! Aujourd’hui, fais la connaissance de Jean Rooble, un portraitiste graffeur de la scène bordelaise. L’artiste est en plein travail sous le pont de la halte ferroviaire Sainte-Germaine au Bouscat. Commande de la SNCF, le mur a été réalisé avec le graffeur Trakt, qui lui, a imaginé une cartographie représentant des zones de températures sur le territoire.

En plus d’être un grand technicien, découvre comment le travail et les intentions de Jean Rooble se démarquent dans le paysage artistique local.

 

JEAN ROOBLE : UN ARTISTE GRAFFEUR TECHNICIEN

son processus artistique

1 – la photo

Jean Rooble pratique le réalisme à partir de photos de proches ou de clichés capturés à la volée lors de voyages…

« C’est la conjoncture de plein de choses : une opportunité, une rencontre, un moment, des fois une discussion, des fois pas vraiment, des fois un détail physique qui m’interpelle. Je trouve ça chouette qu’il y ait cette partie collaborative qui nourrisse ma pratique. J’essaie de retranscrire le peu que j’ai capté de la personne : une image, une sensation, une histoire ; une infime partie de ce qu’elle est vraiment – pour peu qu’un jour on puisse connaitre vraiment les gens. »

 

le modèle, déclencheur et fil conducteur de la démarche

« À partir du moment où je vais demander une photo dans l’objectif de peindre, le modèle est associé à la démarche. Il ou elle devient la démarche et lorsque je vais peindre, j’y mets du fond, j’essaie de retranscrire la personne et moi, de me mettre en retrait. J’essaie d’expliquer le pourquoi du comment, pourquoi cette couleur, cette direction… Que la personne soit consciente de ce que je vais faire ; dans quel sens je le fais… Ça me tient à cœur. »

 

2 – Photo => ordi => mur

Puis, Jean Rooble travaille la mise à l’échelle de la photo sur ordinateur – intégrant parfois des compositions graphiques – l’imprime et passe au mur. Jusqu’à la fin de son travail, la photo sera son point de repère.

 

des grosses surfaces

« C’est mon délire de faire du gros depuis le départ, la plus grosse pièce possible ! Marquer le paysage, marquer les villes… Quand tu vois les autres le faire tu te dis, moi aussi j’ai envie, j’suis capable ! »

 

bombe et stencil cap

Jean Rooble a toujours utilisé la bombe pour ses peintures. Depuis quelques années, il utilise aussi le stencil cap, un embout qui, une fois posé sur la bombe, permet de réaliser des traits extrêmement fins. Utile quand on veut peindre des détails comme des poils, des cils, des cheveux… Mais aussi pour jouer sur les textures. 

« Le stencil m’a permis d’aller vers le plus en plus petit ou d’aller chercher le p’tit truc supplémentaire : la petite lumière là, le p’tit machin à côté de l’ongle. Cela me permet de mettre du grain et de donner un peu de vie au portrait. »

le challenge de la couleur

Art urbain
Portraitiste graffeur
Graffeur Jean Rooble

Crédit photos David Da Silva

Et pour représenter toutes les nuances d’un visage, il faut des bombes de différentes couleurs.

« Sur chaque portrait, je peux utiliser entre 30 et 40 couleurs, et si y’a des bijoux je ramène d’autres teintes. Il n’en faut pas forcément beaucoup en quantité mais beaucoup de couleurs différentes sont nécessaires car mon but est de trouver et jouer sur les transitions. Il est là le challenge : je suis toujours en train de me battre pour trouver la bonne couleur, c’est hyper frustrant ! Les couleurs autour peuvent changer le ressenti. Tout est sur la perception. »

La quête de Jean Rooble : faire une peinture aboutie avec des détails maitrisés, de près comme de loin !

le contraste

C’est ce qui l’intéresse le plus.

« Je trouve intéressant de s’attarder sur la part d’ombre de chacun et de se rendre compte que l’ombre c’est pas que du noir, c’est jamais que du gris, une absence de lumière. C’est juste que les couleurs sont différentes. L’analogie est intéressante quand on réfléchit à qui on est, comment on se construit, qu’est-ce qu’on présente aux autres, qu’est-ce qu’on arrive à en capter… Je trouve ça génial de réfléchir à la portée philosophique de tout ça. »

JEAN ROOBLE UN ARTISTE GRAFFEUR SOLIDAIRE ET ENGAGÉ

Jean Rooble utilise son art pour évoquer des sujets importants. Son fil conducteur : l’humanité.

« Je crois que ma peinture est devenue mon moyen à moi d’agir. J’ai la chance de pouvoir m’exprimer dans l’espace public et donc j’essaie de m’évertuer à rendre hommage aux combats de certains des miens et aussi à ceux des autres même si j’en fais pas partie… Même si je pense qu’on est tous acteurs du combat des autres… Au lieu de faire juste ce que veut tout le monde et juste « la vie est belle » … Oui elle est belle mais pas pour tout le monde. Soyons solidaires des gens qui en chient et qui sont en danger parce qu’on laisse faire. »

« Je peux essayer de mettre en avant les personnes qui ne le sont pas d’habitude ; des genres peu définis, racisés, handicapés… Racisme, intégration… C’est des sujets qui m’intéressent et qui trouvent leur résonnance dans les portraits que je fais. J’aimerais retourner cette espèce de lissage qu’on nous impose à longueur de temps. Ça veut pas dire que je suis le plus bienveillant du monde ou que je me trompe pas ou que j’ai pas de préjugés, mais je travaille à m’en détacher. »

l’aventure marquante

« J’étais invité pour peindre à Saint-Martin. C’était la première fois que j’allais si loin, un sacré trip et une sacrée tarte aussi car y’a le cliché des îles paradisiaques et la réalité de ce que sont les Antilles : la pauvreté, les relations entre les personnes blanches et de couleur… L’ouragan Irma a dévasté l’île en 2017 et y’a encore des stigmates. La situation a empiré pour pas mal de gens… Sauf les mêmes… Une bonne partie est encore abandonnée. Ça m’a appris des choses, je suis moins naïf sur la manière dont on aborde les choses, des aprioris, même positifs. C’était un voyage un peu fou et je suis fier de la peinture. J’ai fait de belles rencontres ! »

Saint Martin
Aux Antilles
Jean Rooble

Crédit photos Jean Rooble

Sur le mur, Jean Rooble évoque ce cliché où il pleut toujours en Métropole et il fait toujours soleil aux Antilles ; ainsi que l’idée de devoir quitter son lieu de naissance et sa culture pour une autre…

JEAN ROOBLE : UN ARTISTE GRAFFEUR FÉRU DE MUSIQUE

C’est son autre passion, ou la première ! Derrière ses murs il y a généralement une référence musicale. Son inspiration évolue tout le temps, même s’il est très rock & roll.

« Je suis passionné de musique depuis que je suis gamin en fait. Je suis un boulimique : j’ai besoin de découvrir tout le temps. Et quand je cherche des titres à mes œuvres c’est lié à la musique. J’essaie d’éviter le cliché hip hop graffiti, je reste ouvert aux nouveaux sons. Généralement je pense à une notion et ça me renvoie à un titre ou une parole. Comme le mur « Anger is a gift », tiré d’un morceau de Rage Against the Machine. C’est un auto portrait et le briquet représente le feu qui couve dans la société. »

Jean Rooble
Anger is a gift
Anger is a gift

Crédit photos Jean Rooble

SON INVITATION POUR LE PUBLIC

« Que les passants restent curieux et qu’ils se demandent un p’tit peu « pourquoi, comment, qui est cette personne, pourquoi ici, pourquoi maintenant » … Qu’ils acceptent pas juste qu’on leur donne, qu’ils prennent pas ça juste comme des jolies choses qui décorent les murs. Et qu’ils mettent pas toujours en opposition le graffiti et le street art : les tags c’est pourri et ce que vous faites c’est bien. Sans ces tags, moi, je serai pas là. Sans les gens qui sont sortis des sentiers battus et ont pris ces risques, y’aurait pas ce qu’on fait aujourd’hui et c’est important de s’en rappeler. Gardez ça ! »

Voici qui donne à réfléchir !

 

Et pour terminer : 7 p’tites infos à savoir sur jean rooble

Halte Sainte-Germaine
Jean Rooble
Jean Rooble
Street art Bordeaux
Art urbain

Crédit photos David Da Silva

– Jean Rooble est un portraitiste graffeur autodidacte. Il est issu du monde du graffiti et en est fier.

– La bombe est l’outil qui lui est resté du graff et ne l’a jamais quitté.

– Né à Versailles en 1981 il dessine depuis gamin, heureux héritage du coup de crayon de sa mère.

– En 95, 96, il découvre le graffiti et rejoint le crew 2BR pour faire du lettrage du côté des terrains vagues. « Le lettrage c’est la base ! »

– C’est au lycée qu’il se lance vraiment. « Au départ c’était un égo trip, pas un plan de carrière. Et ensuite je faisais des grosses fresques avec les copains et basta. »

– Quand il a commencé les portraits – il y a 15, 20 ans – il s’inspire de musiciens mais s’en détache pour rechercher une inspiration plus personnelle.

– Jean Rooble est son blaze depuis environ 20 ans ; sa deuxième personnalité car il ne mixe pas sa vie perso et pro (hormis pour les photos).

en savoir plus sur jean rooble

Son site internet / Instagram

J’espère que t’as apprécié la découverte ! Merci Jean Rooble, au plaisir de te recroiser !

Et si tu veux poursuivre ta découverte du street art à Bordeaux, participe à ma visite guidée « Street art Bordeaux : confidences d’artistes dévoilées ». Plus de détails par ici.

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