Bordeaux :

le cimetière de la Chartreuse 

Il y a quelques mois, je t’invitais à découvrir les quartiers Saint-Bruno, Caudéran et le Bouscat à Bordeaux. Son point de départ : le cimetière de la Chartreuse. Avec environ 26 ha et 33 000 concessions, on peut facilement passer des heures à déambuler entre les allées et apprécier une grande diversité de stèles : tombeaux, temples, mausolées, chapelles néogothiques, sarcophages ou encore tombes chinoises… Et la balade ci-dessous propose justement ça : la découverte des célèbres sépultures et de l’art funéraire.

Direction un des plus anciens cimetières de France !

 

L’histoire du cimetière de la Chartreuse

Comment se crée le cimetière de la Chartreuse

Jusqu’au XVIIIe siècle, il existe traditionnellement trois emplacements dédiés aux morts à Bordeaux :

– Le premier se situe au plus près du chœur de l’église. C’est le plus sollicité, car le plus « propice » dans la quête du repos éternel et de la Résurrection.

Les morts sont enterrés sous les dalles de l’église, derrière les murs, la nef, les chapelles latérales. Dans mon article « flâner dans les rues de Bordeaux : entre Saint-Michel et Sainte-Croix », j’évoque les pavés funéraires de la basilique Saint-Michel à Bordeaux.

– Le deuxième se trouve dans les galeries couvertes entourant l’église, on y trouve notamment des caveaux.

– Le troisième site est la fosse commune du cimetière paroissial, située à côté de l’église. Les corps sont disposés les uns sur les autres, séparés par un peu de terre. On s’y oriente grâce aux croix et aux piliers.

Selon le lieu où l’on souhaite être enterré, l’église perçoit un revenu… Plus élevé si l’on souhaite être enterré dans l’église. Le moins cher est la fosse commune du cimetière paroissial.

Au fil des années, des marchands et artisans sont également inhumés à l’intérieur des églises, en compagnie de personnes de statut, tels les nobles. Les corps s’accumulent… Les questions d’hygiène, d’odeurs et d’épidémies doivent être résolues.

En 1804, un décret impérial légifère la gestion des cimetières en France. On ne peut plus perpétuer ces pratiques. Il faut alors trouver une alternative. Bordeaux décide de délaisser ces traditions funéraires et de rechercher un autre emplacement pour accueillir les morts. L’abandon de ces cimetières incite, par ailleurs, à l’aménagement de places et de parvis autour des églises.

 

La naissance du cimetière de la Chartreuse

Dans sa recherche, Bordeaux constate que le terrain des Chartreux, dans le quartier de Mériadeck, pourrait convenir. Vaste de 16 hectares, il est bien situé : suffisamment éloigné des habitations pour éviter l’insalubrité tout en restant assez proche pour réduire les coûts liés au transport des corps. La ville saisit la parcelle des moines en septembre 1791. Le cimetière de la Chartreuse est né.

À l’époque, l’entrée d’honneur du cimetière est située rue Georges Bonnac. Les sculptures autour de cette porte proviennent du couvent des Chartreux. C’est en 1900 qu’une nouvelle porte est érigée face à l’église Saint-Bruno. En 1853, on agrandit le cimetière lors de l’ouverture du boulevard de Caudéran.

Le cimetière de la Chartreuse attire des personnes de renom. Stendhal, par exemple, aime particulièrement les platanes qui donnent des airs de parc au cimetière. Mais, durant la Seconde Guerre Mondiale, les arbres sont sacrifiés pour fabriquer des cercueils. Aujourd’hui, on y trouve des ifs et des tilleuls.

Le savais-tu ?

Au XIXe siècle, on enterre les condamnés à mort au sud-ouest du cimetière. Dans la plus grande discrétion, pour que personne ne puisse retrouver leurs tombes. On pouvait aussi les enterrer sous les allées, en compagnie des suicidés, pour « qu’on les piétine afin de poursuivre le châtiment que la justice de l’homme avait ordonné ».

 

Balade au cimetière de la Chartreuse

Sur le site de la mairie, il existe un itinéraire permettant de découvrir le cimetière. Il passe par les tombes célèbres affichant soit une architecture remarquable, une allégorie ou renfermant une personne ayant marqué l’Histoire de Bordeaux, de la France… Au fur et à mesure du parcours, on remarque que l’art funéraire et les matériaux utilisés (pierre, granit, zinc) entre les XIXe et XXe siècles évoluent.

Comme cette balade ne représente qu’une petite partie du cimetière, il faut revenir pour poursuivre l’exploration. La Toussaint est l’occasion de le voir fleuri !

Pour info, il est interdit de prendre des photos des sépultures privées… Tu peux passer à l’accueil pour informer de ton souhait de faire la balade de la mairie et voir les célèbres tombes. Ainsi, tu devrais pouvoir les photographier.

Voici la balade que tu peux télécharger dès à présent.

quelques sépultures du cimetière

Le mausolée de Jean-Victor CROZATIER

Réalisé par le sculpteur Henri Léon Grebert en 1927, l’inscription lis : « Mors Ultima Ratio » et « Carpe Diem » : « La mort est l’aboutissement de tout » et « Profitons de la vie ».

Le tombeau de Pierre LACOUR 

Peintre et Graveur de renom. Un de ses plus célèbres tableaux représente les quais des Chartrons au début du XIXe siècle.  Sur cette toile, on mesure toute l’importance du commerce du vin. Il est abrité au musée des Beaux-Arts à Bordeaux. Le bas-relief de la sépulture de Lacour est une allégorie de la Peinture.

le Tombeau de Jean-Baptiste de VERTHAMON 

Verthamon fut le président du Parlement de Bordeaux au XVIIIe siècle. Regarde les détails des décors de la stèle.

la Chapelle d’Auguste RAVEZ

C’est ici que fut attribuée, en 1807, la première concession pour un particulier. L’allée Ravez est d’ailleurs la plus ancienne partie du cimetière.

La chouette est le symbole de la vie éternelle et le sablier représente la fuite du temps.

le Tombeau de Nancy ANDREWS

Celui-ci date de 1808. Encore une fois, il faut porter son regard sur les décorations du monument. Sur la photo : un sablier gravé sur la pierre. Nancy Andrews fut l’épouse d’un négociant anglais.

le Tombeau de Pierre Guibert

Pierre Guibert était un constructeur de navires bordelais au début du XIXe siècle. Sur le médaillon, on remarque les noms des navires qu’il bâtit : l’Espérance, Amitié, Sophie, Union, Elisabeth, Alexandre, Justin, Jean-Jacques, Mazagran.

la Chapelle de Guillaume MARMICHE

Bâtie en 1837, y repose aussi Palmyre Perillat, l’épouse du négociant Guillaume Marmiche.

le Tombeau de la Maréchale MOREAU 

Voici un temple d’inspiration antique construit pour la Maréchale Moreau en 1821.

la Stèle du Colonel Joseph DESCHAMPS

Pour le Colonel Deschamps, les thèmes militaire et guerrier décorent le monument et ses bas-reliefs.

le Tombeau de Charles DELACROIX

Charles Delacroix fut Ministre des Affaires Étrangères et préfet de Marseille et Bordeaux. Il est aussi le père du peintre Eugène Delacroix.

la Chapelle de Jules CHAMBRELENT 

Chapelle néo-classique. Membre de l’Académie des Sciences, Jules Chambrelent a conduit les travaux d’assèchement des marais des Landes pour y planter des pins.

la Sépulture de Flora TRISTAN 

Flora Tristan se battit en faveur du féminisme, du divorce, de la lutte des classes et du socialisme. Elle écrivit l’ouvrage « l’Union ouvrière » (1843). Elle décéda en 1844 rue des Bahutiers.

le Tombeau de Camille GODARD 

Un sarcophage + une stèle pour honorer Camille Godard, le négociant qui fit don de sa fortune à Bordeaux. C’est grâce à lui que nous profitons aujourd’hui du parc Bordelais! Article à lire ici.

le Tombeau de CABANESMESNARD 

« La Lyre Brisée », allégorie de « la jeunesse brisée par la mort », du sculpteur Edmond Prévôt.

le Tombeau des Familles GANDUQUE et DE GALARD

C’est une copie de la Croix de la place Saint Projet à Bordeaux.

le Mausolée de FLEURY et RENOUIL de MALESCAS

Temple datant de 1841 et déplacé en 1864 lorsqu’on agrandit le cimetière.

le Tombeau du Père CHAMINADE

En 1818, le Père Chaminade créa la Société de Marie ; qui voue un culte à la Vierge Marie. La base du tombeau accueille la Vierge.

le Tombeau du Vicomte de PELLEPORT

Pierre Pelleport fit carrière dans l’armée. Soldat en 1793, colonel, puis général, il devint également vicomte.

les Tombeaux des artistes lyriques

Entre 1860 et 1911, ils renfermèrent de nombreux artistes lyriques. Les tombeaux ont été imaginés par Jean Lauriol, célèbre luthier bordelais.

le Tombeau du Comte Laurent LAFAURIE DE MONBADON 

Maire de Bordeaux entre 1805 à 1809. Inhumé dans un sarcophage s’appuyant sur une pyramide.

la tombe d’Octave Fiola 

Couple de sphinx femmes, corps de fauve et tête de pharaon.  » Évoquent le thème des gardiens du Seuil interdit : veillent au bord des Éternités et protègent le tombeau des forces méléfiques ».

le Tombeau d’Alphonse d’ORNANO

Maire de Bordeaux entre 1599 à 1610. Il fit assainir les marais du Peugue et de la Devèze. Avant de reposer en paix, il séjourna au dépositoire pendant 123 ans !

Le dépositoire

Bâtiment néoclassique en forme de croix grecque, imaginé en 1852 par l’architecte Charles Burguet (qui a notamment bâti le marché des Chartrons). 

Il accueille les défunts en attente d’une inhumation définitive. Michel de Montaigne y séjourna entre 1880 et 1886 ; et Goya pendant 10 ans.

le Cénotaphe de Francisco de GOYA Y LUCIENTES 

Le peintre résidait au 57 cours de l’Intendance. Décédé le 16 avril 1828, on l’enterra au cimetière de la Chartreuse. Soixante ans plus tard, les Espagnols demandèrent de rapatrier ses ossements. Lorsque l’exhumation eut lieu en 1888, la tête de Goya avait disparu… On raconte qu’elle servit à la science… En sa mémoire, on érigea ce cénotaphe en 1928.

le Tombeau de Louis FIEFFE de LIEVREVILLE

Ce monsieur fonda la Société des Amis des Arts. Son sarcophage fait partie des incontournables du cimetière de la Chartreuse.

le Tombeau CHIAPELLA

C’est l’architecte du temple des Chartrons, Armand Corcelles qui construisit le tombeau. 

le Tombeau de Jean-Etienne-Henri FONFREDE

Jean-Etienne-Henri Fonfrède a fondé des journaux « La Tribune de la Gironde » ou « L’Indicateur ».

le Mausolée de CATHERINEAU 

Un des plus remarquables du cimetière de la Chartreuse !

Jean Catherineau construisait des navires et avait un projet bien détaillé pour son caveau. Jusqu’à sa mort, il conserva les plans sur lui. Ses neveux supervisèrent la construction.

La Mort, drapée d’un linceul, brandit sa faux. Elle domine un rocher sur lequel un bateau fit naufrage. « Par la science et l’intrépidité, le marin peut longtemps braver les tempêtes de l’océan, mais il est un écueil contre lequel il doit fatalement se briser : la Mort ».

Crédit photo David Da Silva

cimetière de la chartreuse : les Infos pratiques

Le cimetière de la Chartreuse est ouvert tous les jours.

• 8h30 à 17h30 en été (du 1ᵉʳ lundi d’avril au dernier samedi précédant le 1ᵉʳ lundi du mois de novembre)

• 8h30 à 17h en hiver (du 1ᵉʳ lundi de novembre au dernier samedi précédant le 1ᵉʳ lundi du mois d’avril)

• 9h à 17h sans interruption, dimanches et jours fériés.

Été comme hiver, l’ouverture est retardée à 10h les jours d’exhumation.

Balade de la mairie

Plan du cimetière

 

Mes sources

« Bordeaux petits secrets et grandes histoires », Philippe Prévôt, 2016

« Atlas Historique des Villes de France, Bordeaux sites et monuments », coord Sandrine Lavaud, 2009

La Mairie de Bordeaux

 

 

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